26 September 2006

La Curée

"La Curée" est le second livre de la série des Rongon-Macquart de Zola. La curée est un terme de chasse qui désigne le moment où les chiens se jètent sur la bête coincée pour la dépecer.

Ici, les chiens, ce sont Aristide Rougon, dit Saccard, second fils de Pierre Rougon, et ses accolytes, et la victime, c'est Paris : si Paris est le Paris que l'on connait, c'est en grande partie due aux aménagements d'Haussman sous le second Empire. La percée des grands boulevards dans Paris et les travaux titanesques qui en ont résultés ont été l'occasion d'une spéculation particulière sur les terrains et biens immobiliers se trouvant sur le tracé de ces futurs boulevards. Ainsi des fortunes rapides se sont faites sur le dos de la ville de Paris, en proie à tous ces chiens prêts à acheter à bas prix, à revendre à des prix exhorbitants, à exproprier à tour de bras. Tout ce que cette activité peut compter de déversement d'argent et de luxe, de débauche, de corruption, de détournement et d'abus de biens est décrit dans ce livre, ce qui lui valu un scandale lors de sa parution.

Zola se plaît à découper les agissements de l'empire, tel Saccard découpant Paris sur la butte Montmartre.

[SPOILER COMING...]

La Curée, c'est l'histoire de Saccard, qui arrive pauvre à Paris, et qui enrage et bouillonne dans sa misère. Il veut jouir vite et fort et, attendant patiemment son heure (et la mort de sa femme), il va épouser Renée. Renée lui apporte deux choses : une forte dot qui va permettre à Saccard de décoller et une femme extraordinairement belle, un passe-partout dans les milieux auxquels Saccard aspire. Ensuite, c'est le déchaînement des appétits de Saccard ; il aime l'argent, il use de toutes les fraudes et intrigues possibles pour en gagner et ne regarde pas quand il dépense, presque désintéressé. C'est le fleuve d'or arrosant Paris que décrit Zola, prenant sa source dans les coffres de Saccard, qui met toute son énergie à les remplir aussi vite qu'il les vide.

La Curée, c'est aussi l'histoire de Renée, qui quitte l'austère hôtel de son père, et qui découvre brutalement une vie de débauche, sans aucun interdit. Renée est jeune, belle et insouciante : bientôt, sa vie n'est plus faite que de robes sublimes (et très chères), de ragots mondains, d'amants, d'autant plus que Saccard paie toutes ses factures et ferme les yeux sur tous ses écarts. Mais rapidement, la belle se lasse et il lui en faut plus : elle s'amourache alors de Maxime, fils mou et androgyne de Saccard que son père a fait venir à Paris. L'inceste, la domination de cet être asexué la grise, elle s'y perd totalement et l'arrêt brutal de cette relation, la renonciation facile de Maxime, et l'indifférence de Saccard l'achèvera. Renée cherchait des limites et elle n'en trouva pas. L'indifférence tue.

Bon, prochaine lecture, le troisième livre des Rougon-Macquart, "Le Ventre de Paris", mais je crois que je vais lire un truc un peu plus "léger" d'ici là...

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