Pendant ces 2 semaines, j'ai eu du mal à poser le livre tellement Nana
est un livre puissant! Zola est capable de dépeindre ses personnages
avec tant de force que j'ai l'impression de les voir s'animer devant
mes yeux...
En résumé, Nana est une tornade qui ne se contrôle pas. La puissance
de son sexe laisse des cadavres en pagaille sur son chemin: l'actrice
n'a pas de talent, mais elle a une crinière blonde, une forte gorge et
les cuisses blanches et lascives. Lancée au théâtre par Bordenave
dans le rôle de Vénus, elle fait suffoquer Paris de désir; elle
éblouit les hommes et les utilise, les vide, les ruine et les repousse
à sa guise. C'est ainsi qu'elle monte en société et en fortune,
usant notamment le banquier Steiner jusqu'à son dernier sou, mais
conservant de jeunes amants sans le sou pour couvrir sa peur de la
solitude.
En même temps, les hommes, ces animaux qu'elle manipule si facilement,
la dégoutent, et parfois elle a des envies de simplicité, loin de son
train de vie et de ses sollicitations permanentes. Ses envies sont
généralement furtives mais l'une d'elles, une toquade dit-elle,
l'entraîne dans sa chute. Et lorsqu'elle tombe, elle tombe bas et
fort. Sa toquade pour Fontan en fait une femme battue, obligée de se
prostituer pour payer un meuble, une dette ou un repas dont elle n'est
pas même remerciée. Pire, finalement lâchée par lui, elle bat le
pavé avec Satin, se débattant dans une vie dans la rue, a vendre son
corps, dans la peur de la police.
Enfin, remontant en selle, Nana déchaine son sexe et contamine tout
son monde de son ordure: elle se fait installer dans un hôtel
particulier et dépense frénétiquement la fortune d'un Comte Muffat
complètement à ses pieds, elle prend les frères pour amants jusqu'à
leurs destructions simultanées, les hommes font la queue dans l'hôtel
mais elle se prostitue parfois par ennui. Dans son dégoût des hommes,
elle se tourne vers les femmes, et Satin surtout: c'est un ménage à
trois qui s'installe alors légitimement, dans un hôtel crevant de
luxe dont l'argent s'échappe de toutes parts... Les femmes la
jalousent, la haïssent de plus belle et Paris ne l'en adore que plus:
elle est totalement conquérante à l'hippodrome, l'apothéose de la
victoire surprise du cheval nommé après elle étant prémonitoire des
problèmes à venir.
La trame du roman suit ce que l'on pourrait appeler "les collines de
Zola": Nana monte très haut, chute très bas pour remonter de plus
belle! L'image finale, montrant Nana mourante, défigurée, allongée
sur son lit, pendant que Paris prend les armes suite à la déclaration
de guerre à L'Allemagne, sert de relais à la volonté de Zola de
modeler Nana comme le second empire: les 2 ont vécu de leurs excès,
et doivent mourir de leurs excès.
Au final, Nana, avec tous ces salons remplis des visages de tous les
profiteurs de cette société: banquiers, noblesse, bourgeoisie,
presse, Eglise... est un microcosme idéal dans la croisade de Zola
contre le second empire ; par contre, Il s'attarde assez peu dans ce
roman sur ses thèses de l'hérédité et du détraquement originel par
rapport à ce qu'il a pu en traiter dans de précédents volumes.
Quelques allusions à sa mère Gervaise (sans la nommer), un
comportement nerveux, des emportements colériques sans catalyseur, des
apitoiements sur elle-même suffisent à maintenir la présence de
l'héritage génétique des Rougon-Macquart en toile de fond. Un volume
que j'ai dévoré!