Zola nous fait suivre son personnage principal, le peintre Claude Lantier, ses pensées, son processus de création, ses obsessions, ainsi que sa vie d'inspirateur parmi un groupe d'artistes "naturalistes" qui tentent de rompre avec la peinture romantique trop établie... Si on sent bien que Claude représente la vision esthétique de Zola, le groupe compte aussi l'écrivain Sandoz, qui est l'incarnation de Zola dans le roman. Claude semble lui extrêmement inspiré de Manet, et son "plein air" reprend clairement "le déjeuner" de Manet. Le groupe est par ailleurs composé d'autres membres, peintre, sculpteur ou journaliste qui sont tous en rupture avec l'esthétique artistique romantique et trop classique de leurs maîtres.
En toile de fond, Claude rencontre et épouse Christine, et ils ont un enfant: si cette vie prend une place majeure à son début, elle sera petit à petit mangée par les obsessions et angoisses de Claude qui est incapable de concrétiser ses rêves de grandeur. Sa relation avec sa femme, la santé de son fils, seront les victimes négligées de son drame artistique. En parallèle, le groupe d'amis, s'il est uni derrière Claude au début du roman, va se fissurer petit à petit, sous la pression de la vie, à travers les parcours artistiques personnels, les victoires, jalousies et défaites, rythmé par les salons officiels, auquel les tableaux de Claude sont toujours refusés, malgré le coup d'éclat du premier "plein air".
Si Sandoz connait le succès, à l’image de Zola, à force de persévérance, la fin du roman est assez classique de l'écrivain: l'échec de Claude qui n'arrive pas a finir sa grande œuvre, devenu aveugle dans son acharnement, ne voyant plus vraiment que ce qu'il peint n'est pas ce qu'il veut peindre; la misère de Christine qui aura tout donné dans son amour pour Claude et qui se fait définitivement supplanter par la peinture; et la mort misérable de Claude, qui se suicide devant son œuvre.
Une phrase qui m’a marqué de Dubuche, à son ami Claude, lorsqu'il s'occupe de ses enfants souffreteux et malingres: "Adieu, tâche de t'en sortir... Moi, j'ai raté ma vie."
Un roman peu joyeux donc, comme tout bon Zola qui se respecte , mais qui éclaire puissamment cette impuissance de l’artiste qui sait ce qu’il veut faire, qui sait l’imaginer, mais qui n’arrive pas à créer à l’image de sa vision…
Prochain roman, La Terre.