Oh, une entrée, la première depuis plus de 6 mois... Je pense qu'on peut en conclure que je ne suis pas un blogueur fou. Comme d'habitude, la vraie vie a encore frappé. Enfin, pour changer un peu, on va faire un petit Zola : Son Excellence Eugène Rougon.
Contrairement aux deux tomes précédents ("Le Ventre" et "La Faute"), Zola n'abuse pas trop de ses habituelles interminables description paraboliques usant tout ce que le dictionnaire connait de synonymes d'un registre :) Par contre, sa critique du pouvoir en place sous le second empire n'en est pas moins acerbe.
"Son Excellence" place Eugène Rougon au centre d'un roman politique, et l'action se situe dans les hautes sphères du pouvoir : pour résumer rapidement la trame, il s'agit d'une étude du pouvoir d'Eugène Rougon, alors premier ministre de Napoléon III, de sa chute et de son retour en grâce; y son étudiés ses passion et emportement pour le pouvoir pur (mais pas pour l'argent, qui n'est finalement pour lui qu'un instrument du pouvoir), les moyens dont il use pour assoir son pouvoir et écraser ses adversaires, sa "cour". On observe donc comment "le Grand Homme", comme ses amis l'appellent, nourrit ses amis qui, en échange, assoient son pouvoir : tout n'est que corruption, menaces, entremettement (néologisme?). Nous assistons à son retrait forcé de ses fonctions, aussi injuste que son retour en grâce peut l'être.
Ce roman du pouvoir est celui de toutes les manigances et les intrigues, et c'est surement cela qui me l'a rendu aussi intéressant : Zola détaille les personnages, leurs vices et leurs appétits, et tisse ainsi la toile d'un groupe de pseudo-amis, liés uniquement par le pouvoir qu'ils s'apportent les uns les autres et que seule fait trembler la possibilité que leur pouvoir puisse cesser. Ultimement, le seul pouvoir que Rougon recherche vraiment est celui qu'il a sur son cercle rapproché : il aime les voir dépendre de lui et le supplier et plus il supplie, plus il jouit de leur donner plus que ce qu'ils attendent : dans la lignée des Rougon-Macquart, Eugène Rougon n'est pas une exception, il a d'énormes appétits et des jouissances à leur hauteur.
Pour moi, ce roman est un peu comme un rappel : nous n'avons rien inventé, la corruption a toujours existé et existera toujours, et le pouvoir appelle les "Rougons". Un très bon Rougon-Macquart!