15 March 2007

La Conquête de Plassans

J'ai finalement décidé de laisser provisoirement la DS à la maison avant de partir le matin, afin de me concentrer sur autre chose que finir un tournoi de Mario Slam Basketball ou essayer de faire des sans-faute à toutes les chansons de Elite Beat Agents (mais j'y arriverai un jour, même si je dois écouter 25 fois de suite "You're my inspiration").
Et du coup, je libère mon temps pour une vraie activité : la lecture. Et comme j'ai de la suite dans les idées, je viens de finir un nouveau Zola : La Conquête de Plassans.
4ème roman de la serie des Rougon-Macquart, La conquête de Plassans est l'occasion pour Zola de décrire la conquête par Plassans de l'abbé Faujas, dont les ambitions vont servir l'empire. Un beau jour, l'abbé Faujas débarque, pour d'obscures raisons, avec sa mère dans la maison tranquille de François et Marthe Mouret. Malgré un abord terrible et un désintérêt total pour les choses matérielles, bien aidé et manipulé par Félicité, qui, forte de sa stature acquise lors du premier épisode (voir La fortune des Rougons), oeuvre dans l'ombre depuis son salon vert à le faire avancer, l'abbé Faujas va petit à petit grignoter l'espace physique et moral de la famille Mouret et de la ville.
La famille Mouret, composée par François, fils de de Ursule macquart, et son épouse et cousine Marthe, fille de Pierre et Félicité Rougon, vit dans une simplicité et un train-train de campagne. Autour d'eux, ils ont trois enfants, deux garçons dont l'un très frêle, et une fille, dont le corps a grandi, mais pas la tête, fruit innocent de ce mélange consanguin. Entourés de la servante Rose, qui est le véritable régisseur de la maison, ils ne sont pas au début dérangés par la présence de l'abbé et de sa mère, qui se font presque invisibles. Puis, petit à petit, l'abbé et sa mère étendent leur ombre dans la maison; bientôt, l'arrivée de la soeur de l'abbé et de son mari, envahisseurs avides de jouissance facile, achève la conquête de la maison. Marthe, d'ordinaire mesurée et discrète, devient peu à peu dévote, jusqu'à la fièvre, l'hallucination, voyant dans cet investissement une sortie de la vie de cloître que son mari lui imposait. Mouret, un bourgeois d'ordinaire jovial, voyant sa femme s'éloigner et l'influence de l'abbé s'étendre, va s'enfermer dans un mutisme et une inactivité inquiétants. La cellule familiale va se désagréger, et les enfants quitter la maison. Le thème de l'hérédité, une prédilection de Zola, reparait ici fortement, Marthe et François dérivant, à l'image de la grand mère, la tante Dide, doucement dans la folie, jusqu'aux crises de folie de Marthe et à l'internement de François dans l'asile même des Tulettes, là ou sa grand-mère est internée, le tout couronné par l'apothéose finale mais chut.... je ne dirai rien hormis que cela finit mal, mais s'agissant de Zola, cela n'étonnera guère, ce n'est pas un roman de gare.
La religion et l'église ne sont abordés que d'un point de vue politique, de façon à montrer les manigances qui ont lieu et les implications et jeux des diverses parties, mais Zola n'ira guère plus loin, se contentant d'étudier l'abbé Faujas dans son influence et dans le développement de ses plans chez les Mouret et dans la ville. L'objectif final étant pour l'empire d'avoir un agent qui dirige Plassans, Zola dénonce à travers ce roman, à travers les réunions et manipulations des différents protagonistes (maire, préfet, juge, abbés..), le noyautage et la corruption de la France par le second empire. Les personnages de pouvoir avouent avec complaisance adopter une attitude de façade et avoir l'attitude contraire "par derrière", ce qui relève de leur sphère "privée".
C'est un roman passionant, par bien des aspects. On retrouve avec plaisir Antoine Macquart et Félicité Rougon, on s'inquiète pour le pauvre François Mouret et on assiste à l'irrésistible ascension de l'abbé Faujas, qui s'appuie sur les femmes influentes de la ville pour asseoir sa domination. L'histoire de la folie de la famille Rougon continue, tout comme la dénonciation des vices du second empire.
La suite : "La Faute de l'abbé Mouret", où l'on retrouvera Serge, le second fils de François Mouret et Marthe Rougon, qui a été "converti" par l'abbé Faujas au cours de ce quatrième tome.