01 October 2008

Kandahar

Difficile de rester de marbre devant Kandahar.

Je vais d'abord passer rapidement sur ce qui peut décevoir : les acteurs ne sont pas toujours parfaits, le film manque de rythme, le magnétophone qui enregistre la voix de Nafas est artificiel et la fin est ... déconcertante, tant l'histoire (Nafas cherche à rejoindre sa soeur) est coupée sans véritable explication.

Une fois ceci dit, il reste de Kandahar une impression déroutante : situé dans l'Afghanistan des talibans, l'histoire est à mi-chemin entre film et documentaire. Un certain nombre de scènes m'a frappé, et elles sont, je pense, faites également pour frapper:
Dans une école coranique, de jeunes afghans sont assis au sol, le long des murs, et se balancent rapidement d'avant en arrière tout en annonnant le Coran à haute voix, ce qui fait un vacarme épouvantable. Le maître interromp les élèves de temps en temps pour interroger l'un d'entre eux : "Qu'est-ce qu'une Kalashnikov?" ou "Qu'est-ce qu'un sabre?" et l'élève de produire l'arme et de réciter sa leçon "L'arme avec laquelle on obéit aux ordres de Dieu; elle coupe la main du voleur et le cou de l'assassin". Peut-on vraiment construire une civilisation durable sur de tels enseignements?
Dans un camp de la Croix Rouge, deux femmes tentent de venir en aide à quelques dizaines d'hommes, tous amputés d'une jambe : ils ont tous sauté sur une mine, véritable fléau du pays. Un hélicoptère passe au dessus du camp pour larguer des prothèses de jambes. Et là, au ralenti, au son d'une musique hypnothique, les unijambistes se mettent à courrir sur leurs béquilles en direction des jambes tombant du ciel en parachute... Comment comprendre une telle détresse?
Vers la fin du film, pour se rendre à Kandahar, Nafas se mèle à un convoi de femmes en route pour un mariage : cela donne un groupe de personnes totalement voilées (dont une partie sont des hommes déguisés) et donc totalement dépersonnalisés. On peine à reconnaître Nafas dans le groupe, on cherche une burga verte, son seul signe distinctif.

Les valeurs, les situations affichées sont tellement, tellement lointaines de ce que l'on vit ici... Cela fait oublier le quotidien et les petits tracas, mais jusqu'à quand? Demain, le mois prochain, j'aurai oublié ce film, oublié ces situations. En ai-je honte? Oui. Puis-je changer quoi que ce soit? Probablement pas, mais est-ce une raison pour ne rien faire... Ces questions que l'on finit par se poser sont, selon moi, l'objectif du réalisateur (Mohsen Makhmalbaf) : il ne prend pas parti entre documentaire et histoire et nous place ainsi, nous spectateurs, dans la difficile position de devoir prendre un parti moral... Déroutant...

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